26.05.2007
La voix oubliée de la misère
Et puis un dimanche, après la campagne, Henry Gainot était invité chez Daniel Schneiderman.
J’avais déjà entendu à la radio, sa voix très spéciale, sa voix très en arrière, très dans le nez, avec ses saccades, dans le débit, des mecs qui coupent les étrons en quatre, entendre des mecs qui en sont restés au stade sadique-anal, je sais je devrais pas, attaquer sur la voix c’est comme attaquer sur le physique, mais voilà, de vieilles résurgences d’un mémoire sur la voix dans la communication, et notamment sur son interprétation psychophonétique, et sa voix, elle lui va tellement bien à ce faiseurs de discours, je ne sais pas très bien comment expliquer ça, et peut-être je n’aurais pas dû en passer par là, peut-être qu’il n’est nul besoin de psycho-phonétique, que suffisent ce ton supérieur, légèrement méprisant et hautain, de ceux qui n’ont jamais douté de rien, l’idéologie bien chevillée au corps depuis le plus jeun âge, ce ton très content de lui mais faussement modeste, de ce faiseur de rois, comme on serait faiseur d’anges, le dernier de ces monarques, vient de nous quitter, les quatre membres dans le plâtre de sa fracture sociale.
Il a eu une petite hésitation, saccades en cascade de son épiglotte avant de dire que ce dont il était le plus fier, c’était la dernière passe de la campagne, le coup de grâce de l’achèvement de mai 68.
Il a dit ça.
Que c’est de ça qu’il était le plus content. D’avoir tiré sur l’ambulance de mai 68. Mais depuis combien de temps durait donc cette haine, pour qu’il fasse de cette triste botte son meilleur fait d’arme ? Une explication ici.
Dans le studio, en face de lui, Gérard Miller lui donnait la réplique et pas si mal, pas si mal, mais sa voix a lui a été rendue vaine par ses années Ruquier, si bien qu’on a du mal à l’entendre et à le prendre encore au sérieux… Et sinon, on sentait dans le studio, cette onde d’admiration irrépressible pour le vainqueur, le seigneur, chez les hommes en tout cas, chez deux hommes, façon Adrien Deume, frétillant du postérieur devant Solal…
Et cette belle gloriole, il la devait notre Gainot, gainé bien droit sous la cravate qui lui sert de colonne vertébrale, à son assassinat de Blum et de Jaurès. Dont les discours, comme chacun l’aura bien compris maintenant, n’appartiennent à personne. Même pas, surtout pas à la misère qui leur a donné naissance.
Des luttes qui ont été portées par ces discours, des morts qui ont été causés par ces luttes, les faiseurs de discours, font des histoires de mots, juste des histoires de mots. Qu’on peut vendre au plus offrant, à celui qui les habillera du plus beau ramage, si bien qu’on viendra vite s’enquérir de la plume qui le fait briller ainsi…
La misère, les luttes, les morts, l'histoire, perdent toute existence, tout réalité, et il n’y a pas là de quoi faire un fromage.
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08.05.2007
le cynique et les chiens
Un peu avant ou un peu après d'en appeler à "tout ce qui bouge sur terre", selon la belle formule de Lefort et Richoux dans Libé, (et jusqu'aux infirmières Lybiennes... mais qu'est-ce qu'elles lui ont fait les infirmières lybiennes, pour mériter ça? ou alors, il a confondu avec les infirmes lesbiennes... qu’il avait malencontreusement oublié dans son précédent discours) Sarkosy a grillé trois feux rouges, est allé dîner dans une gargotte populaire répondant au doux nom de Fouquet's et est parti dix jours en vacances...
Dans un monastère en Corse, pour se recueillir et se préparer à habiter la fonction? Comme les journalistes naïfs, l'ont avalé? Allons allons, sur un yacht à Malte... avec sa femme et son fils... pour une "retraite" dont les plus de 65 ans qui ont trimé toute leur vie et touchent 600 euros par mois apprécieront l'austérité.
Voilà qui illustre parfaitement cette « cohérence » qui devient soudain sous toutes les plumes, le fer de lance de sa victoire.
Tandis que la misogynie reprend du chien avec la curée… livrant le corps féminin « seul argument irréfutable de la campagne » pour un Daniel Syboni aussi brouillon que déchaîné, (mais il a voté blanc, on respire) en pâture à la meute déchaînée de l’arrière-campagne…
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06.05.2007
Les chiens sont lâchés
Au PS, bien entendu.
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01.05.2007
triste brochette
Juste aperçu très vite, hier, la brochette de "journalistes" politiques invités au Grand Journal. PPDA, Chabot, Duhamel, Costa, Durand. Aucune admiration pour aucun d'eux, c'est peu dire. La suffisance de Duhamel (et cette mysogynie, qu'il ne cherche même pas à déguiser), la vanité de PPDA et son sérieux de façade télévisuelle, l’apparence de combativité que Chabot ne doit qu'à sa tête de bouledogue, la superficialité de Durand.
Durant toute cette campagne, je peux compter sur les doigts de la main, le journaliste radio ou télé qui ait posé une question qui soit en phase avec mes interrogations de citoyenne.
Toujours, la recherche de la petite phrase, les questions téléphonées sur la sphère interne, la sphère politico-médiatique; même lorsqu'elles semblent concerner le monde, les questions, économiques, de programme, sont toujours référencées à cette sphère, à ce qu’à dit l’un ou l’autre, elle sont toujours avant tout, et toujours autoréflexives et le journalisme qu’elle constitue n’est un journalisme de commentaire, autosuffisant qui produit et recycle sans fin, sa propre matière première.
Mais hier soir, ce n’était rien. Ce n’était rien à côté de la violence de leur cynisme. La forte participation des français à l’élection, leur intérêt pour la campagne, qui est un intérêt de citoyen, ils le vampirisent au profit de leur petite cuisine interne.
L'événement pour eux est ludique. Jubilatoire. Il se juge à l’aune de l’audimat, qu’ils feront ou pas, de la "petite phrase" ou d la bourde qu'ils auront réussi à extorquer, de la justesse de leurs pronostics… il ne changera rien à leur vie. Rien à leur capacité d’action (ils n’agissent pas, ils perpétuent un système), rien à leur liberté (leur parole est d’ores et déjà en connivence, ils font partie des mêmes clubs de « réflexion » que les politiques), rien à leur pouvoir économique.
Les journalistes se posent en victimes d’une critique des médias qu’ils disent de plus en plus primaire et populiste. Je connais cette réserve. Et puis cette brochette là était faite de journalistes télé. Sans doute ceux qui méritent le moins le nom de journalistes. Mais je crois profondément que le système médiatique est aussi responsable que les politiques de la "crise" française. ( 68 n'a rien à voir là-dedans !).
Internet, est-il en train d’inverser la tendance? De grignoter petit à petit leur crédibilité? Peut-être. J'y crois un peu. Mais d'ici à ce que les péri-urbains d'alsace ou les prolos de roubaix, profitent de l'alternative offrte par le net, il y a toute l'étendue de la fracture numérique.
Tiens, elle n'a pas été exploitée par Gainot, celle-là.
Et c'est p't'être pas pour rien.
14:35 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
24.04.2007
entre deux, entre nous
Est-ce qu'il faut s'attarder sur Besson? Pas sûr. Même pas agréable de voir ainsi confirmée l'intime conviction d'il y a à peine un mois, sur l'inanité de ce dindon qui rejoint maintenant le petit coq. De gauche, il n'est pas évidemment. Mais il n'est pas socialiste non plus. Pas plus que ne l'étaient les Spartacus. Après des études qui fait d'eux des cadres aussi vides qu'ils sont haut placés, le positionnement de la plupart d'entre eux, n'est lié qu'aux intérêts et aux cheminements de leurs carrières...
Avec des parcours différents, mais une ambition visiblement tout aussi dévorantes, la Dati et la Belcacem, semblent bien représenter le même cynisme de l'opportunisme à tout épreuve. Elles n'ont ni l'une, ni l'autre, rien à dire.
Ce matin, j'ai aimé entendre Dany Conh-bndit, dire que Ségolène était ambitieuse, d'une ambition sans laquelle on ne devient pas présidente de la république et que cett ambition n'était pas pour lui une vertu mais plutôt un défaut nécéssaire pour accéder à la fonction mais que cette ambition n'avait rien à voir avec la volonté de pouvoir autoritaire de Sarkosy. Que Bayrou pour les mêmes raisons avait un destin, qu'il pensait sans doute à 2012, que ce travers était décidément bien français et que c'est la raison pour laquelle, il fallait s'adresser à ses électeurs, bien plus qu'à lui.
Petits coqs les hommes du PS, l'étaient presque tous, le soir du 22 avril, sur les plateaux de télévision, à pérorer et dire ce que ferait ou non, ségolène royal, à tel et à tel sujet, quand des Alliot-Marie, bien sages, se refusaient à parler à la place de leur chef.
Je me retrouve dans la situation paradoxale, moi qui ne rêve pas d'un président providentiel, à voter pour elle, Ségolène Royal et uniquement pour elle, alors que je n'aime pas son parti et de Hollande à Dray en passant par Montebourg (sans parler des Fabius, Strauss, Jospin, Manuelli) n'admire aucun des hommes qui l'entourent.
Dieu sait pourtant que je n'aime guère les drapeaux non plus. Et que ce n'est pas la seule chose que je lui passe. Mais mon adhésion repose néanmoins sur ses propositions, sa vision, son éthos.
Je me rends compte que ma révolte envers la mysoginie du début de la campagne a été le seul moteur de cette écriture. Au point de devenir obsédant sur ce blog. Pourtant, je ne me définirai pas comme féministe. (Mais curieuse de voir comment une Clémentine Autain peut en renouveller le visage) Ceux qui ont connu, un jour, la réalité d'une discrimination comprendront. Ceux qui ont lu, la transcription de l'entretien CP-GD sur la Gauche aussi.
Cet après-midi, j'ai aimé lire sous la plume de Pierre Marcelle (c'est drôle, ses quotidiennes m'irritaient et dans le format d'une chronique hebdo, je m'y retrouve beaucoup mieux, comme quoi la pensée est aussi une affaire de format):
" Si, dans deux semaines, Ségolène Royal l'emporte, il faudra alors admettre qu'elle aura terrassé bien plus que son adversaire. Pour l'heure, elle est comme la chèvre de Monsieur Seguin juste avant l'aube, mais le loup censé la manger n'est pas Nicolas Sarkozy. Le loup demeure cet inconscient collectif qui, sous la forme persistante du procès en incompétence sexuée qui lui fut et lui est encore fait, aura pollué toute sa campagne. Il nous reste deux semaines pour regarder ce loup pour ce qu'il est, et le manger. Deux semaines pour oser croire à l'hypothèse d'une victoire, de sorte qu'elle-même sorte, après François Bayrou, l'autre sortant. "
16:30 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


